LIBERTE DE
LA PRESSE
8 décembre 2004
ROUMANIE
Inquiétudes pour l'indépendance des médias à la
veille du second tour de
l'élection présidentielle
Reporters sans frontières et l'organisation roumaine Agence de monitoring
de la presse (MMA) ont procédé à un monitoring des médias
durant la campagne
pour l'élection présidentielle, du 21 octobre au 28 novembre.
« Si l'équilibre entre les forces politiques en présence
a été respecté dans la presse écrite, le nombre
d'informations à caractère politique a
considérablement baissé à la télévision pendant
la campagne. Cette absence notable de débat autour de l'élection
est inquiétante puisque la télévision
est la principale source d'information pour 73 % des Roumains », ont déclaré
Reporters sans frontières et l'Agence de monitoring de la presse.
« Nous sommes également inquiets face aux témoignages sur
la censure et la manipulation de l'information à la télévision
et à la radio nationales. Nous
tenons à rappeler que le rôle des médias publics n'est pas
de servir de porte-parole au pouvoir en place, mais d'offrir à la population
une
information complète, impartiale et indépendante sur les sujets
d'intérêt général », ont ajouté les
deux organisations.
Les premières semaines de campagne ont été caractérisées
par une chute du nombre d'apparition des principaux candidats dans les journaux
télévisés et
à la radio, ainsi que par une baisse importante du nombre d'informations
à caractère politique à la télévision. Pour
expliquer ce phénomène, les
responsables du secteur audiovisuel ont invoqué l'ambiguïté
et la sévérité de la loi électorale qui pousse les
journalistes à une certaine autocensure.
Le monitoring révèle un équilibre entre le nombre d'apparitions
des leaders du Parti social-démocrate (PSD, au pouvoir) et ceux de l'opposition
de
centre droit Justice et Vérité (DA), dans les journaux télévisés
en prime time. Cet équilibre est imputable à la loi électorale
qui impose des
critères très stricts concernant la répartition des temps
d'antenne.
En revanche, concernant la qualité des informations diffusées,
la télévision s'est révélée plus favorable
au candidat du parti au pouvoir. Ainsi, entre
le 21 octobre et le 3 novembre, Adrian Nastase, actuel Premier ministre et candidat
du PSD, a été le candidat le plus fréquemment associé
à des actions
jugées positives dans les journaux télévisés (dans
10 apparitions). Au contraire, Traian Basescu, actuel maire de Bucarest et candidat
de
l'opposition, a été le candidat le plus souvent associé
à des actions négatives (dans 5 apparitions). La situation est
similaire sur la période
concernée pour les journaux radio en prime time.
La présence des candidats à l'élection a été
plus importante dans la presse écrite et les journalistes s'y sont montrés
plus critiques. Si Adrian
Nastase a été le candidat le plus présent, il a également
été le plus critiqué avec 41 % d'apparitions à caractère
négatif.
Le 30 novembre, après la demande d'annulation de l'élection par
l'opposition, la chaîne publique TVR1 a transformé son journal
en campagne
ouverte contre Traian Basescu. 15 sujets sur 16 ont porté sur la demande
d'annulation des élections. Mais un seul a présenté le
point de vue de
Traian Basescu, tandis que toutes les autres personnalités invitées
à s'exprimer sur ce sujet (journalistes, politologues, hommes politiques)
ont
pu affirmer leur opposition à cette demande.
Alexandru Costache, du service information de TVR1, a rendu publiques les pressions
politiques, la censure et la désinformation régnant au sein de
la
télévision publique. « C'est comme si nous étions
attachés par un cordon ombilical au PSD, mais surtout à Adrian
Nastase », a affirmé le journaliste
dans une lettre ouverte.
Des accusations similaires ont été portées contre la radio publique, la Société Roumaine de Radiodiffusion.
Par ailleurs, plusieurs incidents ont été à déplorer
pendant la campagne pour le premier tour de l'élection.
Le 6 novembre, en l'espace de quelques heures, trois personnalités politiques
et administratives ont cherché à intimider Sebastian Oancea, journaliste
du quotidien local Ziarul de
Vrancea, qui couvrait la campagne de l'Union PSD-PUR à Focsani (nord-est
de Bucarest).
Les 24 et 25 novembre, près de la moitié du tirage de l'hebdomadaire
satirique Academia Catavencu a disparu des kiosques, tôt le matin. Selon
Liviu Mihaiu, rédacteur en chef adjoint, des hommes du PSD ont été
vus faisant le tour des kiosques dans tout le pays pour acheter la totalité
des
exemplaires du journal. Selon lui, cette édition présentait une
« enquête compromettante pour le Premier ministre et candidat du
PSD à la présidence,
Adrian Nastase ». Le porte-parole du PSD, Titus Corlatean, a démenti
ces accusations.
Le compte rendu détaillé de ce monitoring est disponible en roumain
sur le site de l'Agence de monitoring de la presse : http://www.mma.ro.